26 septembre 2016

L'échappée

Elle promit aussi
D'ouvrir un crâne
D'y puiser le poivre et le thym
Du verbe aimer
L'absinthe et les éphémérides
Mais où trouver un fou
Qui se donne à scalper
Pour l'amour d'elle

Le plus éprouvant des naufrages
C'est le jour du renoncement
Son lit crève de froid
Tous les lapins roses
Ont les yeux éteints

Elle écrit pourtant
Sur la buée de la fenêtre

Puis elle dit :

Quand on écrit
Sur la buée
On voit dehors
On voit juste là
Où passe le doigt
Qui trace les mots
Alors il faut écrire
Sur toute la fenêtre
Pour voir beaucoup

Luc Baba - (extrait de) La colère est une saison

(Le Tétras Lyre)

24 septembre 2016

Sur un fond de désespoir

"Cette constatation que, pour la première fois, on peut gouverner sans avoir aucune connaissance artistique ni aucun sens de l’authenticité ou de l’impossible, pourrait à elle seule suffire à conjecturer que tous ces naïfs jobards de l’économie et de l’administration vont probablement conduire le monde à quelque grande catastrophe."



La citation de Debord est mise en exergue dans un article (La Quinzaine littéraire, juin 2016) consacré au récent ouvrage philosophique de Bernard Stiegler "Dans la disruption". La mention de ce dernier livre offre un contrepoint philosophique au "Réveillez-vous" de Nicolas Baverez, commenté ici  il y a un mois.

21 septembre 2016

Tu n'existes pas

"Mais le pire, le plus insoutenable, c'était lorsqu'il avait à soutenir la voix mosaïque et destructrice de son grand-père. Il lui suffisait de trois syllabes, à ce dernier, pas plus, pour balayer sous la table Slobo et sa pénible existence terrestre, de le blesser au point qu'il cesse d'exister pour ainsi dire. Lorsqu'il revenait avec sa guitare du local où il répétait, les oreilles débordantes de l'écho bourdonnant de sa musique et dans la poitrine une fougue sauvage qui ne serait jamais plus égalée, et qu'il jetait sa Fender Stratocaster d'un geste désinvolte et triomphant sur le canapé, son grand-père disait alors, avec un flegme inébranlable et un sadisme calculé, comme si ça n'avait aucune importance : Manneke, range un peu ta mandoline."

Stefan Hertmans - Comme au premier jour
(traduction du néerlandais par Danielle Losman)


20 septembre 2016

Déréliction


Traduit du néerlandais (Belgique) par Danielle Losman

La quatrième de couverture de "Comme au premier jour" indique qu'il s'agit «d'un roman en récits». De fait, chaque "chapitre" représente une histoire qui peut être lue indépendamment, comme une nouvelle. Des détails épars, des indices comme ce mystérieux "fil d'argent", tracent entre eux une destinée unique répartie en trois étapes, celle d'un enfant entre jeux de guerre et idylle, celle d'un adolescent débridé parfois cruel et enfin celle d'une maturité perturbée et inquiétante, filant dans une spirale turpide. Parmi la diversité des récits (tonalités, noms,...), on garde l'impression d'un développement progressif focalisé sur le même personnage. 

24 août 2016

Trésors du Temps

Ce dont il se souvenait vers la fin ? Rien. Ou alors si peu. Car s'il ne retombait pas en enfance, son enfance devait forcément remonter vers lui et, dans le désœuvrement auquel la vieillesse l'obligeait, il assistait à ce miracle imprévu qui, certainement, lui rendait cette part de son passé à laquelle il avait cessé de penser depuis que l'occupait le travail exclusif d'exister. Le Temps, avec pour chacun ce rêve plus ancien au sein duquel le cauchemar de l'Histoire ne vient s'installer qu'ensuite, préservant ainsi l'immémoriale antériorité d'un songe plus vrai que tous ceux qui l'ont suivi et que la lointaine nuit de jadis abrite, où les fictions du sommeil originel ne se laissent jamais totalement distinguer des premières expériences de la vie consciente. Et, entrant dans l'âge adulte, à son insu, on emporte au fond de ses poches toute cette menue monnaie de la mémoire dont chacun retrouve, pour finir, le lot insignifiant de souvenirs indélébiles comme un trésor magnifique de petites pièces jaunes dont le cuivre a noirci et qui, pourtant, luisent sous les yeux et tintent encore entre les doigts, aussi intensément qu'elles le faisaient autrefois lorsqu'on les tenait pour l'or même du temps.

Philippe Forest - Le siècle des nuages 

Une lecture loin d'être achevée – il y en a pour 560 pages – et l'envie, déjà, de partager un fragment de l'histoire de ce père Forest passionné d'aviation. Moins une biographie que le roman d'un homme dans l'aventure collective du vingtième siècle. De la réflexion à l'histoire intime – la mémoire et l'Histoire ressassés – et puis les avions en filigrane : "... il me semble qu’il est bien à plaindre celui qui ne tourne plus la tête vers le ciel lorsque passe au-dessus de lui un avion."

François Flameng (1856-1923)

"Mais chaque spectateur cherchait en soi l’enfant miraculeux
Siècle ô siècle des nuages"

14 août 2016

Noirs secrets de l'étang


Je ne veux pas qualifier cette fiction de roman policier ou de polar car elle écarte leurs ingrédients traditionnels, hormis le suspense entretenu par la construction narrative. Il s'agit d'une tragédie intime, passionnelle, où l'idéalisme, les préjugés publics d'une petite ville de Nouvelle-Angleterre dans les années 20, mais aussi le destin fallacieux, jouent un rôle cruel. Et au moment où, à l'instar du père du narrateur, l'on s'exclame "Comme tout cela est triste ! ", où personne ne semble vraiment responsable du gâchis, Thomas H. Cook sort une ultime carte, attestant que l'écrivain reste maître du jeu et un maître dans son métier.

"Tu voudrais qu'elle soit morte..."

La phrase résonne encore, mais j'en ai déjà dit trop. Suivez ce vieil homme affecté, avocat solitaire, sur les traces des événements tragiques qui ont déterminé sa vie du jour où, jeune étudiant aux côtés de son père, il accueillit Mrs Channing à la descente de l'autobus, venue enseigner le dessin à Chatham School :... combien elle était belle et combien sa gorge était d'une blancheur immaculée contre le col lie-de-vin de sa robe... quand ses traits furent soudain capturés par l'éclatante lumière de l'été...".

Ce roman sombre soigneusement écrit a obtenu le prix Edgar-Allan Poe en 1997.

12 août 2016

Prenez... lisez... déposez...


"Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser :
mettez des livres partout."
(Victor Hugo)


Si j'en juge par le nombre d'images de boîtes à livres sur la Toile, les Wallons n'en sont pas des pionniers, mais il y a de quoi se réjouir : même la télé en parle (vidéo). 
Et chez vous ?