6 janvier 2013

Un libraire en colère - Emmanuel Delhomme


Dès la page 15 de cet écrit qui en compte une centaine, on touche le mal : plus de vols ou presque, c'est sinistre, ils n'ont même plus envie de piquer un petit roman. C'est dire que les livres n'ont plus grande valeur en regard du smartphone ou du lecteur MP3. Les temps changent et on comprend le désappointement de ceux dont le commerce repose sur des habitudes en mutation. Je ne parle pas de colère, je ne la perçois pas trop chez ce libraire, j'entends plutôt tristesse et impuissance.

Mais à quoi bon s'insurger contre ceux qui adoptent des comportements induits par les technologies actuelles qui, il faut en convenir, offrent des facilités et des opportunités intéressantes pour autant qu'on les exploite intelligemment ? Derrière la vitrine de la boutique désertée, en attente de l'acheteur passionné de littérature, on ne voit forcément plus que des gens le portable à l'oreille et l'écran tactile au doigt, ces indifférents qui ne sont pas pour autant des sots, car le monde a changé et bouge encore. Au commerçant de s'adapter et c'est en effet dommage de ne plus trouver cette petite libraire sympathique et compétente d'avant.... comme on ne trouve plus de boucherie ou de cordonnerie au coin de la rue. Avec leur côté humain.
Librairie Vivienne à Paris - Noel Hemon 

Le livre n'est cependant pas, selon moi, autant en danger que les librairies traditionnelles. L'expansion du livre numérique n'est un vrai souci que pour ceux qui imaginent que tout sera numérique. Les lecteurs devraient espérer que les livres imprimés seront cela plus beaux ! Car d'accord pour le livre papier, mais quand on voit les pages en papier brouillon (je reste poli) et les reliures à peine collées qu'on refile aujourd'hui pour 20€, je vote digital.

Les commerces en ligne favorisent le lymphatisme: difficulté d'aller acheter dehors ou en ville, parce qu'on n'a pas le temps, pas de place de parking, pas envie de marcher, ni de bus, ni de métro. Et puis, mal de l'époque, l'immédiateté, tout et tout de suite: à quoi bon commander chez le libraire alors qu'en deux clics, le livre sera chez soi demain ou dans la minute si c'est un ebook ? Le diagnostic est là, c'est un fait de société, le remède est compliqué et les vieux libraires désarmés se lamentent.

Les conseils du libraire ? Qu'on achète sur la toile ou pas, celui qui veut s'informer le fera toujours. Le problème étant surtout de maintenir l'envie, le réflexe de s'informer avant d'acheter. L'expérience du libraire devrait se perpétuer en ligne, même si je considère que les blogs de lecture peuvent constituer d'excellentes sources d'information.

Parenthèse: Emmanuel Delhomme rapporte qu'il a 80% de clients femmes. Les femmes lisent plus de romans. Les blogs de lecture sont beaucoup plus rarement le fait de messieurs. Est-ce dire que l'avenir du livre repose sur les lectrices ? Et la lecture, une activité spécifiquement féminine1 ? Quelques explications ici.

Peinture de Joan Griswold

Le libraire en colère, évoque la crise de l'édition du livre et cite Jérôme Lindon: C'est la seule industrie au monde qui lorsque tout va mal produit davantage. C'est complètement mon ressenti: peut-être dans le souci de rentabiliser des machines, on assiste à l'impression d'une multitude de livres, à tirage limité, d'auteurs en mal de reconnaissance, de réussite littéraire, qui engendrent des tonnes de papier qu'on ne parcourra jamais au-delà de dix pages. Tous croient savoir écrire, intéresser. Cela reste un don et un métier. Voyez les livres en service presse, les cadeaux de promotion, j'en ai reçu beaucoup trop qui ne valent pas tripette. Je serais curieux de voir comment finissent toutes ces piles de livres inconsistants.

J'aurais voulu, au terme de ce billet, tirer des conclusions: comment le ferais-je alors que les professionnels du métier sont dans le flou ? Une chose est sûre, en fréquentant les nombreux blogs consacrés à la lecture tenus par des féru(e)s, en me baladant à la Fnac, à la bibliothèque, je ne sens pas le livre en perdition. À recadrer, certes, mais rien n'est perdu.

Écoutez Delhomme parler d'anciens représentants de l'édition, des pointures, de ceux qui n'étaient pas des brosses à reluire (sic) : Les mots ne leur manquaient pas: ils avaient toute la panoplie à leur disposition, toutes les nuances pour vous faire saliver, ils aiment, ils en sont fous. La beauté de leur visage à ce moment précis, le rire délicat ou brusque qui accompagnait leur description. Ils étaient ailleurs, ils naviguaient encore dans le texte, ils ne pouvaient pas simuler, ils étaient heureux de vous sentir à l'écoute. Le livre ne doit surtout pas perdre les passionnés, les locomotives. 

Et pour citer encore le libraire parisien, formulons le vœu que les livres nous sauveront de notre médiocrité.

Peinture de Joan Griswold
Prenez un rendez-vous québécois avec Les anecdotes de librairie de Lali, où j'ai piqué mes peintures de boutiques.

N'hésitez pas à visiter À sauts et à gambades qui aborde pour le moment des livres sur le thème de la librairie. 
Solidarité avec les libraires ? Visitez Chez Gaëlle

1 Je vous promets prochainement sur ce blog un extrait du sarcastique Éric Chevillard sur l'homme petit lecteur.

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